G1, G2, G3, G4, G5 : dès qu’il est question de sol argileux, de fissures ou de fondations, ces codes reviennent dans les devis, les rapports d’expertise et les actes notariés. Pour un particulier, difficile de s’y retrouver — et pourtant, commander la bonne étude au bon moment évite des dépenses inutiles et, surtout, des travaux mal dimensionnés. Ce guide explique à quoi sert chaque mission, laquelle est obligatoire, et laquelle correspond à votre situation.

Une norme, cinq missions qui s’enchaînent
Les missions d’ingénierie géotechnique sont définies par la norme NF P 94-500, dans sa version de novembre 2013. Elle les organise en étapes successives, qui suivent la vie d’un projet :
- Étape 1 — G1 : l’étude géotechnique préalable, pour connaître le terrain avant de concevoir ;
- Étape 2 — G2 : l’étude géotechnique de conception, pour dimensionner l’ouvrage ;
- Étape 3 — G3 et G4 : le suivi et la supervision pendant les travaux ;
- À part — G5 : le diagnostic géotechnique, ponctuel, qui peut intervenir à tout moment.
L’idée maîtresse de la norme est simple : chaque étape affine la connaissance du sol et réduit les incertitudes avant de passer à la suivante. Sauter une étape, c’est construire (ou réparer) sur des hypothèses.
G1 : connaître le terrain avant de dessiner
La mission G1 comprend deux phases :
- G1 ES (étude de site) : une enquête documentaire et, si besoin, quelques reconnaissances pour décrire le contexte géologique et hydrogéologique du terrain et identifier les risques géotechniques majeurs ;
- G1 PGC (principes généraux de construction) : une première approche des grands principes à retenir — type de fondations envisageable, précautions vis-à-vis de l’eau, du terrassement, des avoisinants.
La norme est claire : la G1 est nécessaire pour lancer un projet, mais elle ne suffit pas à dimensionner les fondations. Pour cela, il faut passer à la G2.
Ce que la loi ELAN impose au vendeur d’un terrain
Dans les zones d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, l’article L. 132-4 du code de la construction et de l’habitation, issu de la loi ELAN, impose au vendeur d’un terrain non bâti constructible de fournir une étude géotechnique préalable, à ses frais. Elle est annexée à la promesse ou à l’acte de vente et reste valable trente ans, tant que le sol n’a pas été remanié. Le dispositif est en vigueur depuis le 1er octobre 2020.
Attention : la carte qui définit ces zones a été actualisée par un arrêté du 9 janvier 2026, applicable aux promesses de vente et contrats de construction conclus à compter du 1er juillet 2026. Des communes jusque-là épargnées sont désormais concernées. Vous pouvez vérifier la situation de votre parcelle avec notre page Ma maison est-elle en zone argile ?, et relire notre article sur ce qui a changé pour les ventes au 1er juillet 2026.
G2 : l’étude qui dimensionne vraiment
La G2, ou étude géotechnique de conception, s’appuie sur des sondages et essais adaptés au projet. Elle se déroule en trois phases :
- AVP (avant-projet) : choix du mode de fondation, premières hypothèses géotechniques ;
- PRO (projet) : dimensionnement des ouvrages géotechniques — profondeur, portance, tassements attendus — avec des méthodes de calcul reconnues ;
- DCE/ACT : préparation des documents de consultation des entreprises et, éventuellement, aide au maître d’ouvrage pour analyser les offres.
Pour une maison neuve en zone argileuse exposée, la loi prévoit que le constructeur respecte les prescriptions d’une étude de conception, ou à défaut applique des techniques particulières de construction fixées par la réglementation. Dans la pratique, la G2 est le document qui transforme « le sol est argileux » en décisions chiffrées : profondeur d’ancrage, type de fondation, rigidification de la structure.
G3 et G4 : le sol vu depuis le chantier
Une fois les travaux lancés, deux missions complémentaires entrent en jeu, distinctes et simultanées selon la norme :
- G3 (étude et suivi géotechniques d’exécution) : réalisée pour le compte de l’entreprise, elle part des données de la G2 pour établir les études d’exécution, puis suit le chantier. Si le terrain rencontré diffère des hypothèses, c’est là qu’on adapte.
- G4 (supervision géotechnique d’exécution) : réalisée pour le compte du maître d’ouvrage, elle vérifie, par des interventions ponctuelles, que ce que l’entreprise observe et propose reste cohérent avec le contexte géotechnique.
Ce duo est particulièrement utile sur les fondations profondes : lors d’un forage de micropieux, par exemple, la nature réelle des couches traversées confirme — ou non — la profondeur prévue. C’est l’une des raisons pour lesquelles un chantier de micropieux bien mené s’accompagne de relevés précis, forage par forage.
G5 : le diagnostic des maisons qui bougent
La G5 est à part. Elle peut être commandée à tout moment, hors de l’enchaînement des missions, par tout intervenant : propriétaire, maître d’œuvre, entreprise, expert. Elle étudie de façon ciblée un ou plusieurs éléments précis — typiquement, les causes géotechniques d’un désordre ou les solutions de renforcement d’un ouvrage existant.
C’est donc l’étude de référence quand une maison se fissure. Nous lui avons consacré un article complet : Étude de sol G5 : le point de départ de toute réparation sérieuse.
Le point que beaucoup ignorent
La norme précise noir sur blanc qu’un diagnostic G5 n’est pas suffisant pour réaliser directement des travaux. Ceux-ci doivent suivre l’enchaînement classique : étude de conception (G2) et/ou étude et suivi d’exécution (G3), avec supervision (G4). Autrement dit, le rapport G5 explique pourquoi la maison bouge ; il ne remplace pas le dimensionnement de la réparation.
Concrètement, avant une reprise en sous-œuvre, vérifiez que quelqu’un a bien la charge de dimensionner les nouveaux appuis : nombre, profondeur et capacité des micropieux, liaison avec la maçonnerie existante. Un devis qui s’appuie seulement sur « le rapport de sol » sans note de calcul mérite une question.
Quelle étude pour quelle situation ?
- Vous vendez un terrain à bâtir en zone argileuse moyenne ou forte : étude géotechnique préalable (G1) obligatoire, à votre charge.
- Vous achetez un terrain : demandez la G1 annexée à la promesse, et prévoyez une étude de conception pour votre projet.
- Vous faites construire une maison : G2 recommandée dans tous les cas ; en zone exposée, le constructeur doit suivre une étude de conception ou appliquer les techniques constructives fixées par la réglementation.
- Vous agrandissez : certaines petites extensions désolidarisées du bâtiment existant échappent à l’obligation, mais une extension sur sol argileux reste un point de faiblesse classique — mieux vaut étudier le sol.
- Votre maison se fissure : commencez par qualifier les fissures et les surveiller, puis faites réaliser une G5 si les désordres évoluent. La réparation structurelle se dimensionne ensuite.
- Vous êtes indemnisé après un arrêté de catastrophe naturelle : l’expertise d’assurance s’appuie souvent sur une étude de sol ; lisez-la attentivement, elle orientera la solution de réparation.
Quelques réflexes pour ne pas se tromper
- Vérifiez l’intitulé exact de la mission sur le devis du bureau d’études : « étude de sol » ne veut rien dire tant que la mission (G1 ES, G1 PGC, G2 AVP, G5…) n’est pas précisée.
- Conservez tous les rapports : ils suivent le bien, servent en cas de sinistre et rassurent un futur acquéreur.
- Ne confondez pas étude et travaux : le géotechnicien analyse et préconise ; l’entreprise de fondations exécute, sous le contrôle prévu par la norme.
- Méfiez-vous des études trop anciennes ou hors sujet : une G1 de terrain nu ne dit rien des désordres apparus depuis sur une maison construite.
Votre maison présente des fissures ?
Avant de commander une étude, il est utile de savoir si vos fissures relèvent d’un simple suivi ou d’un vrai problème de fondations. Chez SV2B, nous réalisons des reprises en sous-œuvre par micropieux et travaillons avec les bureaux d’études géotechniques à chaque étape. Décrivez-nous votre situation avec notre pré-diagnostic fissures : un technicien vous rappelle pour vous orienter vers l’étude et la solution adaptées.
Sources
- AFNOR — Norme NF P 94-500 (novembre 2013), missions d’ingénierie géotechnique
- Légifrance — Code de la construction et de l’habitation, articles L. 132-4 et suivants (sols argileux)
- Institut national de la consommation — La réalisation d’études géotechniques sur des sols argileux
- AIDA (Ineris) — Arrêté du 9 janvier 2026 modifiant l’arrêté du 22 juillet 2020 définissant les zones exposées
- Géorisques — Retrait-gonflement des argiles